Le vocabulaire
juridique est partout dans la société, très souvent utilisé et très souvent
malmené. Taxe, impôt et redevance ont des significations différentes.
Vous apprendrez ainsi que la « redevance télévisuelle » n’a rien
d’une redevance, ou alors que la taxe d’habitation n’est pas une taxe dans son
sens juridique.
Il existe des
prélèvements qui ressemblent à l’impôt, c'est-à-dire qui ont avec l’impôt une
caractéristique commune : être un prélèvement obligatoire.
Quels sont les éléments
qui distinguent l’impôt des autres prélèvements obligatoires ?
On peut dire que l’impôt est un prélèvement obligatoire, mais on ne peut pas
dire que tous les prélèvements obligatoires sont des impôts. L’impôt est un
prélèvement de nature fiscale.
Certaines nuances méritent d’être relevées, notamment le caractère fiscal des prélèvements effectués par voie d'autorité ou par d'autres moyens.
I. Les prélèvements fiscaux
L'impôt :
Il n’y a jamais eu dans
les textes une définition générale de ce qu’est l’impôt. Il n’y a donc pas dans
le Droit fiscal de critère qui permette de distinguer ce qui est spécifique à
l’impôt.
Selon GASTON Jèze
(professeur de Droit public à Paris dans les années 1920 à 1940), «L’impôt est
une prestation pécuniaire prélevée régulièrement par voie d’autorité sans
contrepartie directe en vue de couvrir les charges publiques ».
La notion d’impôt a été
défini grâce à la jurisprudence du 21 novembre 1958 du conseil d’État «Syndicat
national des transporteurs aériens». Cette jurisprudence a tiré cinq
caractéristiques permettant de définir un impôt:
- Caractère pécuniaire de l’impôt (évalué en Dirhams). L’impôt
est prélevé sur une valeur convertible en terme monétaire.
- Il est effectué par voie d’autorité.
- Il est opéré à titre définitif.
- L’impôt sert à financer les personnes publiques.
- Enfin l’impôt s’effectue sans lien avec le fonctionnement du
service. L’impôt ne constitue pas le coût d’un service rendu et
n’implique pas de contrepartie.
Au Maroc, parmi les
impôts, on trouve la taxe professionnelle (ex patente), la taxe d’habitation
(ex taxe urbaine), l’impôt sur les sociétés ou bien l’impôt sur le revenu avec
la nouvelle indemnité pour perte d'emploi (IPE) et la nouvelle contribution
sociale de solidarité des personnes physiques et morales. Vous pouvez remarquer
que la taxe professionnelle, bien que portant le nom de taxe, est un
impôt et non une taxe.
En dehors de
l'Agriculture qui a été fiscalisée comme prévu d'une manière progressive de
2014 jusqu'au 2020, c'est la suppression du décalage d'un mois au niveau
de la TVA qui constitue l’événement phare de la loi des finances avec
l'instauration de la contribution libératoire des avoirs et liquidités
détenues à l'étranger par les personnes physiques et morales marocaines. Ce qui
est une première au Maroc dans le but d'encourager les marocains qui possèdent
des biens immeubles détenus sous quelque forme, des actifs financiers et des
valeurs mobilières et autres titres de capital et de créances détenus à
l'étranger ainsi que les avoirs liquides déposés dans des comptes ouverts
auprès d'organismes financiers, d'organismes de crédit ou de banques situés en
dehors du Maroc, ce qui constitue une sorte d'amnistie fiscale pour tous
ceux qui ont commis de telles infractions, réprimées tant en Europe qu'aux
États-Unis. Ces personnes ont ainsi un délai d'une année pour effectuer leurs
déclarations auprès des banques et payer la contribution libératoire de 2%, 5%
et 10% selon la nature des biens déclarés et les devises rapatriés.
La réforme de la TVA en
cours au Maroc vise à réussir pleinement la transition fiscale. Il s’agit de
mobiliser des recettes fiscales économiquement aussi neutres que possible afin
de compenser les pertes de recettes tarifaires à l’origine de fortes
distorsions. Il sera alors possible, à l’issue de la réforme, pour un niveau
donné de recettes de subir des distorsions fiscales moindres. La réforme de la
TVA devrait permettre à cet impôt de jouer pleinement son rôle d’impôt général
sur la consommation finale à la fois comme pourvoyeur essentiel de recettes
fiscales et comme instrument de neutralité du prélèvement fiscal. Elle
constitue une étape fondamentale pour assurer la pérennité de la transition fiscale
au Maro.
La taxe :
La taxe est intimement liée à une prestation de service (public). Elle est perçue lors du fonctionnement d’un service public ou de l’utilisation d’un
ouvrage public. Le montant de la taxe n’est pas proportionnel au service rendu.
Même si un contribuable ne bénéficie pas du service, il doit s’acquitter de
cette taxe fiscale comme la taxe des services communaux (ex Taxe
d'édilité).
La taxe des services
communaux relative à l’enlèvement des ordures ménagères est une taxe, par
conséquent tout le monde doit la payer, même si ils ne bénéficient pas
du service. De plus, le montant de cette taxe sera toujours le même, peu
importe l’importance des déchets.
Au contraire, la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) ne constitue pas
une taxe, c’est un impôt puisqu'elle n'est pas perçue en raison d’un
fonctionnement d’un service public. Parmi les principales dispositions de la
Loi des finances 2014 l'application de la TVA sur les cas des ventes de biens d'occasion
instituée depuis 2013.
La
redevance :
La redevance est la
somme versée par un usager d’un service ou d’un ouvrage public. Cette
somme trouve sa contrepartie directe dans les prestations fournies par ce
service public ou dans l’utilisation de l’ouvrage public. Seuls les usagers
paient la redevance. Le montant est proportionnel au service rendu. Le
montant correspond au coût du service. Le produit récolté sert uniquement au
service.
Une commune peut par
exemple instaurer une redevance que seuls les usagers et bénéficiaires vont
payer la taxe.
À côté de l’impôt il existe d’autres catégories de prélèvements. Ces
prélèvements prennent la forme de taxes et de redevances perçus au profit des
personnes publiques n’appartenant ni à l’État ou à ses démembrements ni aux
collectivités territoriales. Ce sont des prélèvements obligatoires par voie
d’autorité, néanmoins ce ne sont pas tous des impôts.
II. Les prélèvements non fiscaux
Il existe des prélèvements obligatoires non fiscaux et des prélèvements non
obligatoires non fiscaux.
1) Les prélèvements obligatoires non fiscaux
Ces prélèvements sont constitués aujourd’hui essentiellement par les
cotisations sociales. Les cotisations sociales sont des prélèvements
obligatoires qui pèsent sur les individus et les entreprises pour le
financement de la protection sociale. Historiquement on a choisi d’assurer la
protection sociale au moyen de cotisations sociales et non au moyen d’impôts. Ces
cotisations sociales sont :
1. Obligatoires et non fiscales.
2. Différentes de l’impôt sur le point suivant : celui qui paye des cotisations
acquiert la qualité juridique d’assuré social qui donne le droit de bénéficier
de certains régimes de protection sociale. Pour bénéficier de ces régimes, il
faut être assuré social, et pour être assuré social, il faut payer les
cotisations.
2) Les prélèvements non obligatoires non fiscaux
Ce sont entre autres les « rémunérations pour service rendu » ou des «
redevances ». La redevance télé est depuis quelques années un prélèvement non
obligatoire (tout le monde n’a pas de télé), mais fiscal. Il ne faut donc pas
se fier à la terminologie pour identifier un type de prélèvement.
Les redevances sont des prélèvements instaurés par des collectivités publiques
que doit payer toute personne qui veut utiliser un service (ex : la piscine
municipale est payante, mais le paiement n’est pas obligatoire pour ceux qui
n’y vont pas). Ces prélèvements ne sont pas fiscaux car ils relèvent de
l’Administration (ex : la commune) et non pas du Parlement.
En quoi les impôts se distinguent-ils des autres contributions publiques ?
1. Contributions publiques
Pour remplir leurs tâches, les collectivités publiques ont besoin de moyens
financiers, qui leur parviennent aujourd’hui surtout sous forme de
contributions publiques. Les contributions publiques sont perçues par la
communauté auprès de personnes dépendantes de sa souveraineté. En général,
elles sont prélevées sous forme d’espèces. D’autres revenus de la collectivité
publique ont moins d’importance quant à leur montant, tels que ceux qui
proviennent de la fortune (intérêts, loyers, fermages), des entreprises d’État
ou de participations à des entreprises d’économie mixte.
Au moyen des contributions publiques, la collectivité publique couvre ses
dépenses. Les contributions publiques peuvent être prélevées sous forme
d’impôts ou sous forme de contributions causales.
2. Impôts :
Les impôts sont des prestations pécuniaires qu’une collectivité publique
exige en vertu de sa souveraineté des personnes qui y sont soumises,
principalement en vue de couvrir ses besoins financiers et sans qu’à cette
prestation corresponde une contre-prestation particulière. Pour cette raison,
cette contribution est appelée impôt fiscal.
En général, le produit de l’impôt est attribué au financement des dépenses
générales de la commune. L’exception concerne toutefois les taxes d’orientation
qui sont prélevées pour assurer le financement de tâches définies de la
collectivité publique (par ex. taxe hospitalière, taxe routière, taxe de
séjour).
Les impôts peuvent également être utilisés comme moyen d’incitation à un
comportement. Il s’agit alors des taxes d’orientation (par ex. impôts sur
l’alcool et le tabac, taxe sur l’huile de chauffage extra-légère, taxe CO2).
3. Contributions causales :
Les contributions causales sont prélevées par une collectivité publique
chez des personnes déterminées en échange de services spéciaux. Elles se
subdivisent en trois grandes catégories :
3-1.Les
émoluments
Les émoluments sont des contributions spéciales qui sont prélevées en
rémunération pour l’utilisation ou pour des prestations de l’administration
publique (par ex. émoluments pour inscription au Registre foncier, pour raccord
à une canalisation ou au réseau électrique, pour enlèvement des ordures, pour
examens, de justice).
3-2.
Les charges de préférences
Les charges de préférences sont des contributions destinées à couvrir, en
tout ou en partie, les frais d’installations déterminées faites par une
collectivité publique, qui sont mises à la charge des personnes auxquelles ces
installations procurent des avantages économiques particuliers (par ex.
participation à la construction de routes, de canalisations, à la correction de
cours d’eaux).
3-3.Les
contributions de remplacement
Les contributions de remplacement sont des contributions qui compensent le
non accomplissement d’un service personnel ou de toute autre prestation
généralement imposés au citoyen par une collectivité publique (par ex. le
service militaire ou le service du feu).